46 ans, vit et travaille à Forcalquier.
Elle photographie depuis l’âge de 19 ans.

En écho à la projection Panier de Crabes

Depuis plusieurs années Marie Calmes travaille avec des appareils bons marchés, aux lentilles de médiocre qualité qui donnent des images approximatives, parfois voilées, déformés, avec un retour à la technique primaire du sténopé (simple boîte noire, où l’objectif est remplacé par un sténopé, trou de la taille d’une aiguille).
…Je cherche depuis toujours à être actrice de mes propres images et obtenir un rendu plus pictural. A me dégager des contraintes techniques, pour créer des images très personnelles et donner l’illusion de matière, soyeuse, velouté, douce, granuleuse pour retrouver des représentations presque tactiles…
Le mouvement et le flou participe à mon imaginaire, c’est peut-être aussi le désir de garder cette trace vibratoire, qui caractérise le vivant, de l’infini flottement des choses jamais tout à fait les mêmes, jamais tout à fait autre pourtant, toujours en transformation, toujours en devenir…
L’envie est de retrouver l’essence même des choses, utopies peut-être mais il me donne l’impression ou l’illusion de capturer l’insaisissable. C’est pour moi le moyen idéal d’extirper une réalité autre, peut-être plus intense ou tout simplement plus vrai….

Pas de diplôme, pas de galerie, pas de stratégie de reconnaissance, ni «démarche engagée», des expos tout simplement, et une démarche qui n’engage qu’elle, son regard sur le monde.
…je m’interroge sur la représentation de ce que je vois, ressens et veux dire…. »
Le choix de l’outil photographique, son mode de fonctionnement, son rendu, en réponse à ses interrogations favorise la particularité de ses images, sensibles, intuitives et intimistes.
Femme, elle est encore « fillette » aux yeux candides, cette petite fille revient sans cesse comme un boomerang.
Marie raconte des histoires sans parole. De sa relation et ses démêlés avec la vie, elle image sa rêverie de proximité, elle se raconte en tricotant son fil dans l’histoire, pour rire et pour survivre.
…Quête identitaire, démarche introspective ou refuge introspectif, je crée une banque d’images, tel un journal intime. Ce journal est conçu à partir de réminiscences, de souvenirs d’enfance, de rêves, traces de mémoire, et résultats de réflexions, de discussions. Je travaille à les interroger et à les rapprocher. En observant mon environnement, je fais des associations d’idées, ou des installations, qui servent à composer un décor où viennent figurer personnages ou objets. Je théâtralise et mets en scène des rencontres, face à face incessant entre réalité et fiction, réalité et imaginaire …
Tout est dit dans sa photo gaie mais non joyeuse, profonde mais jamais sérieuse, elle se fiche des références et des modes. C’est un travail où se mêlent sensibilité, ludisme, humour, voire autodérision ; une sorte de narration visuelle, une rêverie, une poésie, avec des sentiments drôles et tragiques ou les deux en même temps. L’ambiance, l’atmosphère, l’illusion visuelle, et le mouvement, ont une place essentielle, c’est une mise en espace d’un univers mental.

Avec ses appareils de prédilection sténopé, Lomo, Hasselblab 6x6, et amphibien, elle photographie parfois re-photographie.
… je peux intervenir à chaque niveau : la mise en scène, la prise de vue, la technique et l’outil utilisé. Je crée des couleurs qui n’existent pas, en sur ou sous-exposant. Je joue avec les composantes de l’image, pour recréer ces images mentales faites de multiples phases de construction, couches, strates de notre mémoire. Je cherche à dégrader, déformer, lisser, ou amplifier certaines informations ; l’idée de vouloir recréer une identité, en enlevant ou en ajoutant, par le manque, la perte, la soustraction ou la multiplication…

Le sténopé, comme d’autres appareils rudimentaires qu’elle peut utiliser n’est pas juste au service d’un esthétisme, c’est une véritable philosophie

…Mon travail se base sur une communication intuitive avec l’outil, voire intimiste. On apprend à se connaître et on finit par parler le même langage, nos modes de fonctionnement se rapprochent jusqu’à se confondre. Ce qui me fascine, c’est que cette boite est reliée à ma propre existence : une relation particulière à l’espace-temps, à la liberté et l’indépendance…
Je cherche à prendre le temps et le recul face à mon environnement, pour mieux observer et voir… L’indépendance et la liberté face à l’absence de technicité (pas de réglages, pas de viseur), le fait de ne pas pouvoir tout contrôler, m’amène à faire confiance, à accepter, voire à provoquer cette part de hasard et d’aléas que cela entraîne. Je joue avec mes propres erreurs et utilise les faiblesses de l’appareil, et les miennes pour en faire des forces.
A chaque prise de vue, tout est différent, tout est à reconsidérer, le cadrage, le temps d’exposition, tout est remis en cause, c’est un défi, une prise de risque, une émulation…

À propos de l’exposition Prélude urbain, épilogue Phocéen.
En février de cette année 2017, j’ai réalisé à Marseille, un 1er volet d’une série sur le paysage aux frontières de la ville. Comment la ville se déploie, s’étend et s’éparpille à travers la nature, comment elle s’organise, s’aménage et prend sa place.
La durée du travail étant limité à 3 semaines, toutes idées de planifications, cartes, ou feuilles de route, furent rapidement abandonnées pour laisser la place à mes souvenirs, et au hasard de mes errances. Je me suis laissée guider par les rues, les impasses, boulevards, passerelles, obstacles, détours, tout ce que je voyais, qui m’interpellait. Ces déambulations parfois désorganisées, sont à l’image de certains espaces en périphérie urbaine, parfois désordonnées, sans limite, et sans ordre complètement défini, entre « anarchie » urbaine et rurale. L’objectif était sur chaque site rencontré de trouver le point à partir duquel le paysage pourrait se révéler.
Un véritable terrain de jeu s’offrait à moi. Chaque espace-temps devint l’objet d’un nouveau décor, une nouvelle maquette d’architecte. L’idée était de transformer ces réalités en fiction voire en illusion, songe ou rêverie.
Je travaillais aussi bien sur la globalité du paysage que sur sa représentation par des détails signifiants. Un arbre, une fleur, un rocher, une barrière, un immeuble, éléments anecdotiques ou pas, l idée était de témoigner de la relation entre zone rurale et urbaine, et du rapport qu’ils entretiennent.
Cette série de photos évoque donc la rencontre de ces deux mondes, ville et nature, qui se croisent et se confrontent, s’écorchent et s’entrechoquent, s’estompent et s’entremêlent, s’effeuillent et s’effleurent, s’adaptent et résistent. Je voulais que ces images dépassent ce qu’elles représentent et introduisent une certaine poésie.
Parfois, dans mon travail, la présence humaine est absente, afin d’éliminer toutes possibilités de détourner le regard de la poésie et de l’esthétique du paysage. Nulle âme qui vive, juste des traces de l’homme, ces espaces qui semblent habités sont, totalement désertés, et me donnent l’illusion, qu’à tout moment, quelque chose peut se passer, que tout peut arriver…

La scénographie de l’exposition, le choix du cadre (boite américaine) et le passe-partout schématisent et symbolisent l’habitat collectif où dans chaque espace boîte, un espace intimiste exprime un point de vue différent sur le paysage urbain-nature ou nature-urbain.

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